Il y a une semaine, les femmes de la Maison des femmes de Molenbeek sont venues à la Maison du livre de saint Gilles découvrir une vidéo réalisée autour des ateliers « cherche ce qui te protège », entre poésie & kung fu. J’espérais tellement que la vidéo leur plairait. Nous baignons dans les vidéos. Tellement de vidéos et d’yeux pour les regarder. J’avais envie d’en ajouter une au lot. Qui raconte des moments loin des écrans avec des femmes à qui on ne se réfère jamais comme modèles. Des femmes qui apprennent ensemble le français.
La vidéo existe. Le 16 juin il y aura un événement public à la maison du livre, pour la présenter.
Elle raconte comment nous avons vécu cette rencontre entre poésie et Kung fu.
Dans « le Chi-kung de Shaolin, la puissance martiale du Kung-fu » , le docteur Yang Jwing-Ming explique que ce que nous appelons « Kung-fu » se dit « wu shu », en chinois et signifie « techniques pour faire cesser l’usage des armes ».
« Kung fu » signifie l’excellence qu’on met dans un apprentissage, quel qu’il soit.)
On ne peut pas toujours expliquer un projet, avant de le finir. Celui-ci a commencé dans la faiblesse de l’écriture d’un appel à projets pour lequel je ne me sentais pas légitime. Je n’arrivais pas à rédiger.
J’ai eu le subside, moment de force.
Conçu les ateliers et vécu des moments uniques. Force.
Rassemblé de la matière qui m’a englouti·e. Faiblesse. Le vidéopoème ressemblait à une version obscure de « Memento » de Christopher Nolan.
J’ai pensé ne jamais terminer ce montage à temps. Mon ordinateur ne le voulait pas. Je me suis dit : ce n’est pas grave. C’est comme ça.
Puis Rom Cass m’a prêté son ordi. Force. J’ai bossé jours et nuits sous les encouragements de quelques aimé·es et ami·es. J’ai recommencé dix fois. L’informe a accepté de se modeler. Joie.
Les femmes ont aimé le résultat. C’est mon Kung fu.
Le docteur Yang Jwing-Ming raconte comment les puissances occidentales et leurs armes à feu ont mis à mal la pratique du kung fu. Et comment le Parti communiste l’a décimé, parce que le kung fu a toujours été une force de résistance. Le kung fu est une pratique collective, qui exige beaucoup du corps, mais pas seulement. Le travail sur soi est aussi lié à l’apprentissage d’une sagesse qui ne permettra jamais d’établir une dictature.
Le kung fu n’a pas disparu.
Il continue son histoire.
Des corps s’entraînent en Chine et ailleurs. Il n’y a plus d’armées de combattant·es shaolin. Mais le kung fu reste force et apprentissage. Il reste un chemin, individuel et collectif, avec des leçons de sagesse. Le docteur Yang Jwing-Ming pense que c’est cet aspect-là du kung fu qui doit nous guider.
« Ce qu’il nous reste aujourd’hui à apprendre de ces arts, c’est leur esprit. Grâce à l’apprentissage de ces arts, on peut se discipliner et élever sa compréhension de la vie à de hauts niveaux de spiritualité. »
L’entraînement guerrier du kung fu ne permet pas de se protéger contre des armes. Mais la protection concerne aussi le fait de se sentir fort, et de sentir quels équilibres nous habitent. De les guider et se laisser guidé·es.
Cela rejoint ce que nous avons vécu en atelier, à la Maison des femmes – Move ASBL. Sentir nos corps. Réfléchir ensemble à comment on se protège dans un monde où l’intelligence devient artificielle et la brutalité, impunité. On l’a fait. Une vidéo raconte.
On vous attend le 16 juin pour présenter le projet, avec les femmes de la Maison des femmes de Molenbeek et l’équipe de la Maison du livre de Saint-Gilles.
Merci à la Maison du livre pour son accueil.
Merci à la Maison des femmes pour sa confiance.
Merci à Théliau, Julie, Anouk, Taslim, Kim, Camille et Rom Cass d’avoir été à mes côtés pendant le travail et d’y avoir cru.
Ce projet est dédié à ma fille Theresa Mazina, qui m’a fait l’honneur de me choisir comme mère, et à sa fille Fatima.
#bizgriz

Laisser un commentaire