Je ne veux pas porter le masque dans toutes les rues de Bruxelles

J’ai entendu parler pour la première fois du port du masque en mars. À l’époque, c’était un fantasme de gangsterisation qui soulevait la question d’une médecine qui a préféré le profit à la prévoyance et d’une habitude irrespirable à tester. Un virus est très petit et il existe des moyens de l’empêcher de circuler, moyens maintenant mis en place. Les mains des citoyens sont propres comme jamais et les visages dans les lieux publics où les humain.e.s sont nombreu.se.x.s, masqué.e.s. Les masques sont arrivés en prenant leur temps, mais ils sont là. Cette maladie qu’on ne voit pas, est chiffrée, communiquée chaque jour, affrontée par un plan qui a le mérite de ne négliger aucun aspect des contradictions de notre pays, entre les secteurs d’activités qui tournent et ceux qui stagnent ; les citoyen.ne.s qui sauvent, ce.lle.ux qui souffrent, qui entourent, qui attendent, qui bouent et ce.lle.ux qui décident. Des mots comme solidarité collective peuvent être brandis quand il s’agit de porter un masque en public, mais pas quand il s’agit de réfléchir à comment des humain.e.s enfermé.e.s pourraient continuer à respirer l’été sans discrimination.

Les chiffres communiqués chaque jour, semblent parfois eux aussi bien propres et masqués : moins d’hospitalisations et de morts, mais une contamination toujours en hausse. Pas simple de décider comment vivre ensemble pendant qu’un virus qui disparaît à l’eau et au savon, et reste caché derrière tout masque porté dans les conditions requises, continue à se promener entre nous.

Comment se projeter ? Je crois que si j’étais engagée dans la cellule de crise, ma première question serait : vous croyez que nous sommes des fourmis et qu’il existe une possibilité d’une action conjointe, soumise à l’adhésion totale des membres ? Mais nous ne sommes pas des fourmis et aucune adhésion totale ne nous rassemble. Alors, qu’est-ce qui permet malgré tout de se sentir mobilisé.e pour accepter de respecter des règles collectives ?

Des masques dans toutes les rues à toute heure ? Je sais pas toi, qui traîne sur le réseau social au lieu d’aller marcher dans un verger, mais moi, je n’arrive pas à accepter sans me dire : ben là, non, ça va pas le faire.

La force d’une règle, c’est de trancher sans laisser de place à l’interprétation. Une ville aux visages masqués dans toutes les rues à toute heure aurait le mérite de se montrer vigilante d’une manière qui ne porte à aucune discussion. Une fourmilière parfaite où chaque âme se sent partie du tout, seule ou en groupe, toujours avec l’idée, même seule, de faire partie du groupe. Mais nous ne sommes pas des fourmis et quand nous sommes seul.e.s, nous n’avons pas forcément besoin de sentir que nous faisons partie du groupe. Je n’ai pas besoin de porter un masque dans des rues vides pour savoir qu’une pandémie mondiale me relie à chaque instant à d’autres dans ma rue, mon quartier, ma ville, le monde et tou.te.s les autres humain.e.s autour, qui portent ou non un masque au même moment. Si le port du masque permet à chacun.e à tout moment de sentir la pandémie autour, c’est parfait. Lavons-nous les mains et portons ce masque en cuisinant, en faisant l’amour, en dormant, pour ne pas oublier qu’un virus tout petit se promène mais que nous pouvons lutter contre lui en nous lavant les mains et en portant un masque.

Sauf que le port du masque obligatoire dans toutes les rues n’est pas destiné à revalider notre impression d’être au monde ensemble. Elle est présentée comme une mesure de continuation d’un plan qui vise à limiter la contamination d’une maladie. Ce n’est pas une mesure symbolique mais pratique.

Or, qui peut croire qu’en portant un masque seul.e dans des rues vides, iel limite la propagation de la maladie ? Personne.

La réaction la plus partagée à ce type de mesure n’est pas pas : youpi, voilà la solution ! Mais : je sais mieux que ce.lle.ux qui décident et je ne crois pas dans leur plan. Voilà, les gars. Nous sommes là, derrière nos écrans, à recevoir les instructions, et on a l’impression de mieux savoir que ce.lle.ux, qui sont pourtant choisi.e.s pour savoir mieux que nous.

C’est pas possible, comme ça, de garantir la paix et la concorde civiles. L’effet produit est le contraire.

Là, j’aimerais vous proposer une action de désobéissance civile qui aurait de la gueule, on se poste à distance dans les rues vides de Bruxelles avec nos masques et on les jette en l’air à l’heure H tandis que des hélicoptères mandatés par netflix (je sais pas qui a des hélicoptères, à part la police, et il faudrait garder une trace de tout ça) filmeraient la scène des masques jetés en l’air dans les rues vides. Il faudrait que les participant.e.s s’entraînent un peu chez eux à rattraper leur masque au vol, avant de le mettre dans leur poche, pour éviter que les trottoirs soient, encore plus que maintenant, garnis de masques usagés ; ce qui fout quand même aussi pas mal les boules. Ça n’avancerait pas à grand-chose sur le chemin de l’adhésion au bien commun, et cela ne voudrait pas dire que dans une foule, on peut se passer de vivre masqué.e.s, mais ça aurait le mérite de dénoncer l’absurde et de créer une scène collective, qui nous détendrait un peu. Tout autre idée pour garder son calme et communiquer ses lumières, est la bienvenue en commentaire.   

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