Ateliers d’écriture

Touche tes touches

J’ai commencé à échanger des mots avec d’autres par blog interposé en 2005, et il s’est écoulé pas mal d’années avant que ces caches-caches virtuels deviennent des ateliers d’écriture. Ecrire reste pour moi une des expériences les plus libres qu’il m’ait été donné de vivre, et j’aime bien l’idée que ça se partage, cette liberté. Je ne suis pas très à cheval sur des consignes précises ou des cadres bien tracés. Par contre, les chassés croisés entre les mots de différentes personnes, les alibis, et comment le groupe fait la force du prétexte, peuvent prendre le dessus.

Autour de l’animation

En 2012, j’ai commencé à animer des ateliers d’écriture, à 99% sur demande. Au début, c’était un tête à tête avec une copine. Puis, la bibliothèque Hergé à Bruxelles m’a embauchée pour un cycle. Dix ans après, il m’arrive d’animer quatre ateliers par semaine. Principalement des ateliers pour écrire de la poésie.

Animer des ateliers de poésie sans avoir appris ni l’animation ni la poésie m’a longtemps procuré un sentiment d’impostrice que j’avais décidé de concilier avec l’envie de me lancer, combinée à celle de préparer plus qu’il ne le faudrait pour avoir plein de trucs à expérimenter. Je me cachais derrière ma mission pour ne pas que ce que je pensais : ne pas forcément avoir le droit (et comme c’est bon, l’interdit, et les doubles négations, parfois) se combine, en plus, avec l’étalement d’un ego d’autrice dont tout le monde se fichait. Écrire, faire écrire. Le lien était là, mais je n’en parlais pas et j’oubliais toujours mes livres publiés. Je me sentais bien dans les écritures émergentes et un atelier, ça passe si vite. Avec le temps, grâce à des femmes qui n’ont jamais eu besoin de se planquer pour se sentir exister, j’ai revu mon programme. Pas la peine de concevoir l’atelier comme un corps à corps avec un millier d’idées, mais plutôt comme un espace qui n’a pas besoin d’être coupé d’autres espaces où j’écris.

J’utilise les livres publiés, je raconte comment c’est arrivé.

Comment « Maman, je suis un réfugié » a été convoqué au parc maximilien, sous la pluie en septembre 2015, avant de devenir un livre en octobre 2019.

Comment « Co-naître » est passé d’un fichier en 2006, de récits d’accoucements anonymes, à un livre qui cite ses auteures.

J’emporte « Plier l’hier », deuxième livre de poésie, composé à partir de ce que j’ai vu dans la rue, des scènes de violence et comment j’imagine que le désir s’y mêle et se projette dans d’autres espaces.

Avant cela, il y avait eu « Neuf.0 », co-écrit avec Anne Versailles et Julien le Gallo, publié en 2016, aventure d’écriture unique. Trois fois trois heures d’écritures en direct, projetée sans discontinuer sur un écran dans la librairie maelstrÖm, devenues quelques pages neuves à feuilleter pour ne pas oublier que les mots ont tout à nous apprendre, de ce que demain sera. Je le montre volontiers dans les classes où le mot « poésie » semble parfois une injonction à être gentil. Je dis aux élèves que c’est compliqué, pour moi, de circonscrire le poème à une forme plutôt noble, et à un genre à part. L’écriture poétique. La poésie. On a le droit de se planter ou de sentir que ça fonctionne.

Je n’ai pas appris à animer avant d’essayer. Je ne regrette pas, parce qu’avec le recul, je pense que ma timidité a permis que j’évite certains pièges qui peuvent faire de l’atelier un espace de captivité des imaginaires et des possibles. Je n’ai jamais pensé que quiconque qui se présentait devait apprendre à écrire. On écrit ensemble et on cherche ensemble, à partir de ce qui nous constitue au moment de l’atelier. C’est un moment où on peut essayer. Je suis curieuse de tout ce qui peut se présenter, avec l’idée que faire avancer un projet d’écriture, c’est une aventure qui peut commencer à tout moment. J’aime que l’atelier soit un espace où on s’encourage, où on y croit. J’ai toujours mis beaucoup de temps à publier des mots, et je pense que les brouillons sont un genre littéraire que chacun.e peut valoriser avec ce qu’iel cherche dans les mots. Ce n’est pas à moi de dire si c’est bien, ou en tout cas, pas seule.

Merci Mélanie Godin de m’avoir demandé d’animer des ateliers de poésie, c’était une super idée. Merci Lisette Lombé de communiquer l’empouvoirement comme tu le fais. Merci Milady Renoir de transmettre sans relâche autour, merci les autres femmes que je ne cite pas d’avoir densifié cette impression qu’on anime ensemble.

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